Composter les Protéines : Le Guide pour la Viande, le Poisson et les Laitages
Longtemps interdits, les déchets protéinés peuvent être compostés avec les bonnes méthodes.
Pourquoi les protéines sont-elles taboues au compost ?
Si vous parcourez la plupart des manuels de jardinage, la règle d'or est claire : « Pas de viande, pas de poisson, pas de produits laitiers dans le composteur. » Mais pourquoi cette interdiction alors que, dans la nature, tout ce qui est organique finit par retourner à la terre ?
Non, ce n'est pas une question de biologie, mais plutôt de pratique et d'hygiène. Quand les protéines animales se décomposent sans air, elles créent des trucs comme la putrescine et la cadavérine, qui donnent l'odeur de charogne. Cette odeur attire les rats, les renards et les mouches. Et si on ne fait pas attention, ça peut aussi faire proliférer des bactéries comme les Salmonelles ou E. coli.
Cependant, avec l'évolution des techniques comme le Bokashi ou le compostage thermophile, ces déchets deviennent des ressources précieuses.
La science de la décomposition des protéines
D'un point de vue chimique, les protéines sont des chaînes complexes d'acides aminés riches en azote. Dans le cadre du Ratio C/N, la viande est considérée comme une "matière verte ultra-concentrée".
Lorsqu'elles sont intégrées correctement, les protéines libèrent des nutriments essentiels :
Azote (N) : En quantité massive pour booster l'activité microbienne.
Phosphore (P) : Essentiel pour la floraison et le développement racinaire.
Soufre : Présent dans les acides aminés, il enrichit la qualité finale du terreau.
Le défi majeur est d'éviter la putréfaction au profit de la décomposition aérobie. Pour cela, l'apport de carbone (matières brunes) doit être multiplié par trois par rapport à un compost de légumes classique.
Méthode 1 : Le compostage à chaud (Thermophile)
Le compostage à chaud est la méthode préférée des maîtres composteurs pour éliminer les restes de repas carnés. Elle repose sur le maintien d'une température élevée au cœur du tas.
Comment procéder :
Le volume critique : Votre tas doit faire au moins 1m³ pour conserver sa chaleur.
Le ratio : Mélangez 1 part de déchets protéinés pour 4 parts de broyat de bois ou de paille (carbone).
L'enfouissement : Ne laissez jamais de viande en surface. Creusez un trou au centre du tas, déposez les restes, et recouvrez de 20 cm de matières brunes.
Le suivi : Utilisez un thermomètre à compost. La température doit atteindre 55°C à 65°C pendant au moins 3 jours pour détruire les pathogènes.
Attention : cette méthode demande un retournement régulier pour oxygéner les bactéries thermophiles.
Méthode 2 : Le Bokashi (Fermentation)
Pour les foyers urbains ou ceux possédant un petit jardin, le Bokashi est la solution ultime pour les protéines. Contrairement au compostage, il s'agit d'une fermentation en anaérobie stricte (sans air).
Grâce à des micro-organismes efficaces (EM), les restes de viande, de fromage et de poisson sont "pré-compostés" dans un seau hermétique. Les avantages sont multiples :
Aucune odeur de pourriture : L'odeur ressemble à celle du vinaigre ou du levain.
Rapidité : En deux semaines, les déchets sont fermentés.
Sécurité : L'acidité élevée (pH bas) tue les agents pathogènes.
Une fois le processus terminé, la matière fermentée peut être enterrée directement au jardin ou ajoutée à un composteur extérieur où elle se dégradera en un temps record sans attirer les nuisibles.
Méthode 3 : Les Larves de Mouches Soldats Noires (BSF)
C'est la méthode la plus radicale et la plus écologique pour traiter de grandes quantités de déchets protéinés. Les larves de Hermetia illucens sont capables de dévorer leur propre poids en viande chaque jour.
Ce système, souvent appelé "biopod", permet de transformer des restes de poisson ou de viande en deux produits précieux : des larves riches en protéines (pour nourrir les poules ou les poissons de bassin) et un résidu de compostage (frass) très riche. C'est une économie circulaire parfaite pour les propriétaires de petits élevages familiaux.
Les erreurs qui attirent les nuisibles
Si vous décidez d'intégrer des protéines, évitez ces erreurs classiques :
Laisser des graisses liquides : L'huile et le gras de friture étouffent le compost en créant une pellicule imperméable autour des matières.
Oublier de broyer les os : Les os entiers mettent des années à se décomposer. Passez-les au four pour les fragiliser puis écrasez-les.
Le manque de couverture : Un composteur ouvert est une invitation pour les rats. Préférez un composteur en plastique dur avec un fond grillagé ou un bac en bois très bien ajusté.
L'excès d'humidité : Les protéines combinées à un tas détrempé garantissent une odeur d'ammoniac insupportable.
Le compostage, c'est bien plus que de la science, c'est surtout de l'observation et de l'adaptation. Chaque compost est différent, selon le climat local, les déchets ajoutés et ton composteur. Prends le temps de regarder, sentir et toucher ton compost. S'il est sec, arrose-le. S'il est trop humide, mélange-le avec des déchets secs. Avec l'expérience, tu comprendras ce dont ton compost a besoin pour créer un terreau de qualité!
Questions Fréquentes sur les protéines
Puis-je mettre des croquettes pour chien ou chat ?
Oui, les croquettes sont principalement composées de céréales et de protéines déshydratées. Elles se compostent très bien mais sont très appétentes pour les rongeurs. Humidifiez-les et enfouissez-les profondément au centre du tas.
Le poisson est-il plus facile à composter que la viande ?
Le poisson se décompose plus rapidement car ses tissus sont moins denses. Cependant, les têtes et les arêtes dégagent une odeur très forte. L'astuce consiste à les mélanger avec beaucoup de sciure de bois, qui absorbe les odeurs instantanément.
Quid des produits laitiers (yaourt, fromage) ?
Le fromage dur se composte facilement une fois coupé en petits dés. Les produits liquides (lait, crème) doivent être versés sur des matières très absorbantes comme du carton ou de la paille sèche pour éviter qu'ils ne s'écoulent au fond du composteur.