Introduction : Le défi du compostage urbain
Lorsque l'on vit en appartement ou que l'on ne dispose pas d'un grand jardin, la gestion des déchets organiques devient un véritable casse-tête écologique. Jeter ses épluchures à la poubelle, c'est condamner une ressource précieuse à l'incinération ou à l'enfouissement. Heureusement, deux solutions majeures s'offrent aux citadins : le lombricompostage (ou vermicompostage) et la méthode Bokashi.
Bien que ces deux techniques visent le même but — réduire les déchets et produire de l'engrais — elles reposent sur des principes biologiques radicalement opposés. D'un côté, un écosystème vivant de vers qui respirent ; de l'autre, une fermentation anaérobie par des bactéries. Pour bien comprendre qu'est-ce que le Bokashi face à son rival à vers, nous allons analyser leurs différences en profondeur.
Le Lombricompostage : L'élevage silencieux
Le lombricompostage consiste à placer des vers spécifiques (comme les Eisenia foetida) dans un bac à étages. Ces vers mangent les déchets organiques en décomposition et leurs déjections créent un terreau très riche : le lombricompost.
- Le principe : C'est un processus aérobie. Les vers ont besoin d'oxygène pour vivre. Le système doit être ventilé.
- L'ambiance : C'est un "élevage". Les vers sont des êtres vivants sensibles à la température (ils craignent le gel et les canicules au-dessus de 30°C), à la lumière et aux vibrations.
- Le régime alimentaire : Les vers sont capricieux. Ils adorent les épluchures douces, mais détestent l'acidité (agrumes), les familles de l'ail et de l'oignon (vermifuges), et ne peuvent absolument pas traiter les viandes, poissons ou produits laitiers qui pourriraient avant d'être mangés.
Le Bokashi : La fermentation efficace
Le Bokashi, terme japonais signifiant "matière organique fermentée", n'est pas un compostage au sens strict, mais une méthode de conservation par fermentation lactique. Vous pouvez découvrir comment fabriquer votre Bokashi, mais le principe reste le même : tasser les déchets dans un seau hermétique avec du son activé aux micro-organismes efficaces (EM).
- Le principe : C'est un processus anaérobie. L'air est l'ennemi. On tasse les déchets pour chasser l'oxygène et on ferme hermétiquement.
- L'ambiance : C'est une "choucroute de déchets". Pas d'animaux vivants à gérer, seulement des bactéries invisibles. Le système est moins sensible aux variations de température (bien que l'extrême chaleur soit à éviter).
- Le régime alimentaire : C'est le grand point fort du Bokashi. Grâce à l'acidité de la fermentation, vous pouvez y mettre presque tout : agrumes, oignons, restes de repas cuits, viande, poisson, fromage. Rien ne lui fait peur.
Comparatif Détaillé : Le match point par point
Pour vous aider à trancher, voici une analyse comparative sur les critères les plus importants pour une vie en intérieur.
| Critère |
Lombricomposteur |
Bokashi |
| Type de déchets |
Restreint : Végétaux crus uniquement. Pas d'ail, oignon, agrumes, viande, pain, laitages. |
Universel : Tout, y compris viande, poisson, agrumes, ail, oignon, plats cuisinés. |
| Vitesse du processus |
Lent. Les vers mangent environ la moitié de leur poids par jour. Risque de saturation. |
Rapide. On remplit le seau au fur et à mesure. La fermentation prend 2 semaines. |
| Odeurs |
Odeur de sous-bois si bien géré. Odeurs nauséabondes si déséquilibré ou surméné. |
Odeur aigre-douce (vinaigre/pickles) à l'ouverture du seau uniquement. Hermétique le reste du temps. |
| Entretien courant |
Demande de l'attention : équilibrer carbone/azote, gérer l'humidité, surveiller la santé des vers. |
Simple : tasser, saupoudrer d'activateur, tirer le jus de fermentation tous les 2-3 jours. |
| Gestion des absences |
Délicat au-delà de 3-4 semaines (les vers peuvent mourir de faim ou de sécheresse). |
Idéal. Le seau fermé peut rester des mois sans bouger, la fermentation se stabilise. |
| Produit final |
Lombricompost : un terreau noir, grumeleux, prêt à l'emploi pour rempoter. + Thé de vers (engrais liquide). |
Pré-compost fermenté : un déchet acide qui doit être mélangé à la terre pendant 2 à 4 semaines pour devenir du terreau. + Jus de Bokashi. |
| Coût de fonctionnement |
Faible (achat initial, les vers se reproduisent). Pas de consommable obligatoire. |
Moyen (achat initial + achat récurrent de son activateur EM). |
La stratégie ultime : Combiner les deux ?
Et si vous n'aviez pas à choisir ? De nombreux passionnés ("composteurs avancés") utilisent les deux systèmes en synergie pour atteindre le "Zéro Déchet" absolu.
Comment ça marche ?
- Vous utilisez le lombricomposteur pour les épluchures "faciles" (salade, carottes, pommes, marc de café). Cela produit un terreau magnifique pour vos plantes d'intérieur sans effort.
- Vous utilisez le Bokashi comme une "poubelle de table" pour tout ce que les vers refusent : restes de viande, croûtes de fromage, oignons, restes d'assiettes en sauce, pain rassis.
Attention cependant : ne videz jamais le contenu acide du Bokashi directement dans le lombricomposteur, vous tueriez vos vers ! Si vous souhaitez donner du Bokashi aux vers, il faut d'abord le neutraliser (en le mélangeant à de la terre pendant quelques semaines) et l'introduire avec une extrême précaution en petites quantités. Mais généralement, on préfère enterrer le Bokashi dans une jardinière sur le balcon ou au pied des arbres.